Les airs corrompus

Wave by =Objectix

La sensation est là, palpable, une angoisse sourde et profonde, l’impression que l’air extérieur s’infiltre jusque dans mes veines. Torpeur lourde de la vigilance trompée par le sommeil, l’envie d’être ailleurs, le manque d’air. Peu à peu, j’étouffe.

Dans un coin de la bulle, on brasse de l’air jamais renouvelé – Vrombissement continuel d’une soufflerie qui ne sert à rien sinon à occuper l’espace. Il fait chaud, sec, les plantes s’écroulent dans des pots en argile.
Au-delà des parois de verre, la lune se mire dans le parquet terne, espérant se trouver belle dans la poussière accumulée et les monticules creux des salles désertées.

Au creux de mes mains le sable file, emplissant l’espace de particules infimes, l’air d’une présence lourde.

Le silence tinte comme un appel à la peur, un calme précurseur d’une folie meurtrière.

Riding the wave by ~cybrghst

Riding the wave by ~cybrghst

C’est l’heure des images qui s’effritent, des idoles qui tombent de leurs cadres dorés, des foules compactes soudées par la haine. L’heure des fuites impossibles et des portes qui tombent avec le fracas du tonnerre, où s’élèvent en volutes tortueuses des monceaux de terre. Des chants clairs sur la musique des boucliers qui s’entrechoquent, tout en retenue, par des fils suspendus.

Sur les pas de portes des femmes frappent dans leurs mains en riant. Assises en tailleur, comme si la vague qui montait, lointaine, grondante, n’était que la basse nécessaire aux chants les plus entêtants. Elles sourient, tournent sur elles-mêmes sous le soleil – Couleurs chatoyantes, tourbillons de poussière foulée aux pieds.

Viendra l’eau meurtrière, les vagues de boue et les montages de pleurs. Mais pour l’instant le soleil est haut, il reste quelques coins de ciel bleu.

Je fuis comme le sable au creux de ma main, particule infime parcourant l’espace empli du vide des inconsciences collectives.
Je fuis le tonnerre, avec des morceaux d’idoles ramassés à la va-vite au fond de mes poches.

Big wave by ~klefer

Big wave by ~klefer

Je fuis le silence, au-devant du ciel qui gronde déjà, terrifiée et fascinée par la vague qui monte, puissante et désespérée, à l’assaut des dernières falaises.

› A lire sur le même sujet, chez Feufol : « Manifestations irrationnelles« .

Lousia

Pas de reponse a “Les airs corrompus”

  1. feufol dit :

    Tiens. Je te trouve particulièrement en forme sur celui-là.

  2. Lousia dit :

    @Feufol : Comme quoi, les apparences…
    Je suis complètement crevée et très peu rassurée. ^^

  3. Elwood dit :

    Un petit mot en passant pour souligner la 2ème photo de ce billet (« Riding the wave ») qui semble avoir servi de base à une couverture ( http://tinyurl.com/b98pkr ) de Storm Thorgerson que j’ai déjà mentionné ici. As-tu une idée de qui est l’original ?

    Sinon, texte très bien tourné (comme d’hab), mais pour ce qui est du fond du problème, Feufol, Ekios et toi avez tout dit chez Feufol. Je n’en dirais pas plus sous peine de m’énerver. Pas envie de Xanax ce soir :-)

  4. Ekios dit :

    Il n’y a point d’inquiétude à avoir, les manants ont faim, mais bien trop peur du bâton.

    Il n’y a point d’inquiétude à avoir, le maitre a toujours raison et il sait quand lâcher le pognon.

    Il n’y a point d’inquiétude à avoir, Lousia, juste à se concentrer égoïstement sur l’essentiel.

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