[***] Un acte d’amour – James Meek
Que d’hésitations avant de rédiger cette bouquinisterie… Un mois, un mois à voir tourner des images, penser des phrases, en écrire parfois, toujours effacer, y revenir, n’arriver à rien. Un mois de vide littéraire total, sans une seule lecture dans le métro quotidien. L’acte d’amour de James Meek n’était donc pas si anodin…
Il y a des livres qui vous comblent comme un repas de Noël, comme les chocolats à Pâques – On sait qu’on en mange définitivement trop, qu’on sera malade, mais on ne peut pas s’en empêcher. « Un acte d’amour » est de ceux-là, un récit dense, complet, qui tient au corps.
› Synopsis :
1919. Sibérie. Au bout du monde, le long du Transsibérien, une petite ville occupée par des militaires tchèques attend d’être attaquée par les bolcheviques. La ville tout entière, étrangement sans enfants, appartient à une secte religieuse conduite par Balashov, le barbier. Déboule Samarin, aventurier étrange, qui dit s’être échappé d’un bagne près du cercle arctique et être poursuivi par un cannibale. Anna Petrovna, une séduisante jeune mère veuve, s’y intéresse de près…
Et puis la folie s’empare de la ville, encore davantage. Un shaman est retrouvé mort, et au cœur d’un village pris dans la tourmente un chef de guerre, le capitaine tchèque, affronte Mutz, lieutenant hanté par le passé. Autour, les rouges approchent pas à pas.
Wild melancholy by *Kamakaev
Le roman de James Meek est une spirale, pas infernale, mais terriblement humaine. A chaque tour les gens y perdent la tête, la vie, le lecteur son sens commun, et l’on s’enfonce sur soi-même et ce village perdu, abandonné par la logique et l’Histoire. Ce sont les échos de l’âme qui vrillent le lecteur à chaque page tournée – Les regrets, les souvenirs, les pertes les plus intimes.
« Quand un bandit rencontre un civil, le bandit l’emporte toujours
parce que tout ce que le civil est capable d’imaginer,
c’est l’aspect de sa gorge quand elle sera tranchée »
On ne fait pas attention à ce roman avant d’y être définitivement enchaîné.
On n’y prête pas garde – Et puis on ne peut plus s’en détacher. « Un acte d’amour » n’est définitivement pas anodin.
James Meek – Photo © Mark Chilvers sur the Independent
Etrange titre d’ailleurs, qui ne se révèle qu’à la fin, dans toute son horreur et dans toute sa culpabilité, dans toute sa beauté et dans son caractère infini, aussi.
Il y a dans ce simple roman la réverbération aveuglante des neiges russes où se mirent des hommes qui ont perdu jusqu’à leur reflet. Et l’on met parfois un long moment, en refermant ses pages, avant de retrouver son propre visage.
» Un acte d’amour de James Meek, 456 p. – 20.90€ , paru en mars 2007 aux éditions Métailié.







Bon ben ça donne envie de le lire tout ça. C’est pas comme ça que ma boulimie littéraire va se calmer !
Au fait, il existe maintenant en version poche à 7,60 € pour les petits budgets.
Ca donne bien envie oui… Meme si en ce moment, toute reference a neige et glace me sort des yeux.
@Elwood : Et ce n’est pas fini, j’ai à nouveau envie de bouquiner là, et j’ai encore une chronique en attente.
Ca manquait de littérature par ici !
@Cynthia : Dans ce bouquin, le pire, ce n’est pas vraiment la neige et la glace… Cela dit, ça fait effectivement partie intégrante du récit.
Qui sait, ça fait peut-être relativiser ?
@Lou: Certainement! Et puis ca fait longtemps qu’un bouquin ne m’a pas donne le frisson… Pas le frisson de terreur, mais l’inconfort mi jouissif mi masochiste dans lequel m’ont mis « le voyage au bout de la nuit » et » les bienveillantes »…
Surement sans rapport mais une petite info que j’ai découverte suite à un passage a Barcelone ce week end, je ne sais pas si vous aviez lu le trés noir et excellentissime Ombre du Vent de Zafon mais il a sorti un autre roman dont l’action se situe avant l’ombre du vent.
Bref de trés bons moments en perspective….