Opeth à l'Elysée Montmartre, ça tabasse.

J’avais vu Opeth, déjà, mais pas en concert. Ils m’avaient déjà paru tout à fait sympathiques tous les cinq, lorsque je leur ai fait dédicacer Ghost Reveries et Watershed sur les Champs Elysées. Ils étaient cette fois-ci accompagnés de The Ocean (et leur magnifique poulpe) ainsi que de Cynic.

Les deux groupes ont joué de manière admirable – les sonorités lourdes et sourdes de The Ocean nous ont collé au sol dès l’entrée, avec 20 minutes d’avance (d’ailleurs, je plains les groupes en première partie : chauffer une salle c’est pas gagné), et Cynic a ma foi pas mal fait décoller l’ambiance avec leur metal teinté de parties jazzy / 70′s.

The Ocean

The Ocean

Je ne m’étendrai pas sur ces deux groupes, j’étais trop près des enceintes, et découvrir un groupe sur scène n’est jamais le meilleur moyen (il faudra faire penser aux ingé son de baisser les basses, je ne vois pas l’intérêt de noyer le moindre son sous un flot quasi-continu de vibrations, au point d’étouffer totalement la guitare et les synthés, même à vingt mètres de la scène).

J’ai optimisé ma position à l’arrivée d’Opeth : quelques mètres en arrière, un peu plus au centre, loin des kids qui s’amassaient à ma gauche et qui commençaient à m’inquiéter (ça n’a pas manqué, mais j’étais loin).

J’avais entendu (et vu, mais sur mon écran) beaucoup de choses sur les performances en live d’Opeth, mais je dois dire que rien ne m’avait préparé à ça. On les imagine stoïques, carrés dans leur interprétation, professionnels, et relativement peu actifs. Du moins c’est probablement ce que l’enregistrement d’un DVD a impliqué, au Roundhouse de Londres. Mais ce qu’on sait assez peu en revanche, c’est que le sieur Akerfeldt est un grand taré.

Arrivée sous les hurlements, normal. Et comme il aurait été inutile de faire dans le détail, autant commencer par du lourd !

Ah, ce piano perdu au milieu de nulle part. C’est le moment que choisit la foule pour hurler de plus belle. (Mais qu’est-ce qui a pris à Per de se laisser pousser la barbe ?) A ce moment précis, je retire ce que j’ai dit à propos du son trop sourd : Opeth a apporté son propre matos, et ça tabasse. La double pédale d’Axe ravage tout, la voix de Mikaël est claire et distincte, et le solo de guitare de Frederik est particulièrement bien accueilli – alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

C’est après cette introduction pleine de poésie que le personnage de Mikaël nous est apparu. Profitant du pétage de plombs d’une personne du public (qui a entrepris de chanter « heavy metaaaal » d’une voix suave agrémentée d’un superbe vibrato), il y a vu une occasion de se lâcher.

Mike : »Most metal lovers have a sign of recognition. » Il lève l’index et l’auriculaire – immédiatement suivi par la foule. « Well, we have… another sign. » Il plie son index et le lève devant son visage. La foule s’exécute à nouveau.« We call it… THE HOOK. Common, both hands ! » Mike se met alors à balancer les bras de droite à gauche, puis de haut en bas, évidemment suivi par toute la salle. « You look ridiculous ! »

Je ne m’attendais pas à entendre le nom de Godhead’s Lament, ni à ce qu’elle paraisse si puissante par rapport à la version de l’album. « An obscure song », comme il le dit si bien, d’une noirceur qu’après deux ans d’écoute je n’avais toujours pas perçu. Les lumières rouges, en hommage à Still Life, sont soudain devenue vertes, en hommage à…

Rien à faire, je place toujours cet album au dessus des autres. Son atmosphère poisseuse s’en est ressentie d’autant plus lors du final, lorsque toutes les lumières se sont éteintes, nous laissant seuls avec ses murmures glauques et son orgue… pour ensuite faire revenir la lumière.

Opeth

« Parle français ! » crie quelqu’un dans le public (le niveau d’anglais en France me désole moins que l’absence totale d’efforts fournis par la plupart des gens pour l’apprendre – mais ceci est une autre histoire). Mike : « …How do you say ‘shut the fuck up’ in French ? » S’élève alors une rumeur sourde à base de « ta gueule! » en provenance du public. Mike – pointant les quelques trublions du doigt : « Exactly ! »

Opeth a fini par écouter l’homme derrière moi qui growlait le nom de Deliverance, apparemment pressé d’en découdre avec la bête. Les premières notes se font entendre, mais il faudra attendre quelques secondes avant que la foule ne reconnaisse le morceau.

Mike : « Shut up, I am tuning my guitar. » – pause de quelques secondes - « This is my new guitar. It’s nice… isn’t it ? » – pause encore. Mikaël semble prendre un malin plaisir à faire tourner le public en bourrique (et à caresser sa guitare). « It’s like a woman. But smaller. »

Le temps passe vite, en concert. Et les chansons sont longues, ce qui n’aide pas. 22h15, le groupe annonce sa dernière chanson. mais comme on est quand même pas trop bêtes, et un peu fans, on sait bin que ce n’est pas la dernière pour de vrai. Voilà donc un final des plus réussis (et des plus originaux, puisque Demon of the Fall est jouée à la fin de chaque concert depuis… 1997 ?)

Suivi de très près (à peine 5 minutes de rappel) par The Drapery Falls (*bave*)

Et en live, ça arrache.

Opeth s’est avéré beaucoup plus vivant sur scène que ce que j’en avais entendu. Drôles, énergiques, et très loin des clichés de « groupe stoïque » qu’on m’avait dépeint. Mikaël joue avec les saturations, improvise certains passages… dommage que les autres n’aient pas ouvert la bouche de la soirée (à part pendant les soli, mais ça c’est un réflexe incontrôlé de guitariste).

Je n’ose trop en dire de peur de voir mon admiration pour ce groupe prendre le pas sur mon objectivité. Une voix (et quelle voix !), une écriture impeccable et une interprétation fidèle sans être trop identique à l’original. Une énergie colossale, ça c’est indéniable, que ce soit dans la musique ou sur scène.

Mikaël Akerfeldt

La prochaine fois, ça sera balcon pour moi : meilleur son, meilleure vue.

Moeity
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Pas de reponse a “Opeth à l'Elysée Montmartre, ça tabasse.”

  1. feufol dit :

    Moi j’aime bien l’Élysée Montmartre c’est petit chaleureux intime… (et je n’écris pas ca simplement parce que je suis né à 800 m de là).
    Grumph, si seulement je n’étais pas à 700 bornes ça m’aurait bien plu de venir. regrumph.

  2. bluepowder dit :

    Tombé sur cette chronique par hasard, je cherchais des feedback sur ce concert en particulier, où j’étais.
    J’ignore si c’est parce que je les voyais pour la 4 ème fois (il me semble), mais très sincèrement je fus grandement déçu.
    D’accord, les concerts de Dream Theater (ou autres) qui avoisinent les 3 heures et des poussières, c’est beaucoup (et appréciable), mais là pour le coup, j’ai un peu le sentiment qu’on se fout de notre tronche…Pourquoi pas un concert de 45 minutes à 35 euros tant qu’on y est?

    Non vraiment c’etait honteusement court.
    J’en rajoute, faut dire que la set list était plutôt morne à mon goût.
    J’adore Watershed, mais j’aurais troqué the lotus eater contre hessian peel sans hésitations.
    The grand conjuration…au secours (avec master’s apprentice, peut être les deux chansons les plus insipides de leur discographie selon moi).
    Godhead’s Lament, oui pourquoi pas, j’apprécie le geste de jouer du still life, mais, mais… trop d’interprétations de la part du remplacent de Lindgren, et la pilule est mal passée, j’aurais préféré qu’il la joue telle qu’elle, à défaut d’en chosir une autre dans l’album.
    En un mot comme en cent, setlist ennuyante pour ma part, et je dirais même setlist prévisible et convenu.
    JE ne sais pas comment expliquer cette impression, je n’ai pas vu opeth hors de France, mais j’ai l’impression qu’on a toujours droit à des setlist « gentille »saupoudré de chansons un peu plus burnée.
    Godhead’s lament….an obscure song?!? ah bon? parce que ce n’est pas carrément plus obscure ce que vous avez fait un peu avant?
    Rien d’orchid, rien de morningrise, et le cliché ultime avec demon of the fall (que j’adore)…Non vraiment ils auraient pu surprendre, bonjour l’ascenceur émotionnel lorsque j’entendais mike citer my arms pour finalement annoncer….Demon.

    Bon allez j’arrête sur la set list, les goûts les couleurs ne se discutent pas après tout.

    D’autres réflexions, peut être plus judicieuses:
    Ne serait il pas temps qu’opeth vienne dans des salles plus grandes? Certes je préfère les avoir en face de moi à 5 mètres, mais… on était un peu les uns sur les autres à l’elysee, et sincèrement c’était le bouillon de transpirations avant même le début du set d’opeth, et, la faute à pas de chance, où que je sois j’avais toujours un groupe d’excités qui moulinaient frénétiquement des gestes dans l’air, se collait à moi.
    Mention spécial au type qui avait pensé judicieux de s’asperger de parfum avant de venir…mêlé à ses émanations corporelles, le mélange avait de quoi retourner l’estomac de n’importe qui.

    Et Mike… C’est peut être de l’humour, mais tes propos sur internet quant à Lindgren, ta vision du groupe, ta façon de fonctionner…c’est une chose, mais lorsque tu nosu fait réciter les noms de tes comparses pour finir par ta personne…en disant, soit disant avec humour, qu’il s’agit du plus important…bah je sais pas, c’est pas passé.
    Un peu l’impression que les absents ont toujours torts, et que limite who cares ce qu’ils deviennent.

    Gros coup de gueule, j’en ai conscience, peut être pas pertinent au fond, mais j’ai ressenti le besoin de nuancer les louanges que les français octroient systématiquement, et j’ai envie de dire de manière compulsive, à Opeth.

    Ah oui et dernière chose, les français ne comprennent décidemment rien à l’anglais hors manuel scolaire, quelque soit ce que dit mikael, toujours la même réaction : »Ouaiiiiiii/yyyeeahhhhh ».

    Non vraiment soirée décevante.

  3. Gëist dit :

    Eh bien, je suis content d’avoir un avis différent. merci bluepowder pour tes impressions !
    Pour ma part, c’était mon premier concert d’Opeth. Et en fait, à la réflexion, je peux dire que c’était mon premier concert tout court.
    Je ne me sens pas d’attaque à répondre à tout ça, tu as sûrement raison sur beaucoup de points. Ma subjectivité ne me permet quant à moi aucune remarque négative, je le crains ^^

    Ah, et, je n’ai jamais aimé ni Orchid ni Morningrise, et mes albums préférés sont les deux derniers, donc je suppose que même avec quatre concerts dans les dents comme toi, mon avis n’aurait pas beaucoup changé ^^

    @feufol > Dis moi ça avant la prochaine fois, et on se fait une bière entre deux pogos \m/

  4. Moom dit :

    AAAAAAAAAAAAAAAH

    *se retient*

    Ah le veinard. J’avoue que l’activité culturelle parisienne vous console largement du climat austère. *soupire*
    T’as pas emmené Lou ? :O

    Du reste, c’est l’accent français en anglais que je trouve… drôle. Et ce qui me désole un peu, c’est les « Non on ne dit pas DE on dit ZE » lorsqu’on a le malheur d’avoir l’accent américain >_<

  5. Gëist dit :

    @Moom > Elle a eu peur de la foule ^^ Et elle n’aurait pas vu grand chose, j’étais déjà assez souvent sur la pointe des pieds… saletés de fans.

  6. Nimwendil dit :

    J’étais moi aussi à ce concert, et comme bluepowder c’était la quatrième fois que je voyais Opeth. Mais je crois que j’ai également un gros problème de biais positif avec ce groupe ^^.

    Preuve en est, je me retrouve dans tous les points évoqués par bluepowder (en particulier la longueur scandaleusement ridicule du concert !), et pourtant je n’arrive pas à admettre que c’était un concert assez décevant… C’était clairement la moins bonne des fois où je les ais vus, mais je ne sais pas, le groupe fait une musique si puissante et si originale, et le fait tellement bien, que j’ai eu une fois encore l’impression de voir quelque chose d’exceptionnel, hors du temps, et par conséquent qu’il ne fallait pas que je boude mon plaisir. Ok, j’avoue, je suis un gros fan-boy ^^

    En ce qui concerne la setlist, j’étais prêt à râler aussi sur le manque d’originalité… puis j’ai comparé avec les Roundhouse Tapes et le dernier concert que j’ai vu. Et finalement, il n’y a quasiment aucune track en commun. Je me demande si là le groupe n’est pas un peu victime de la grande homogénéité de son style, qui fait que même si on apprécie la subtilité de chacun des morceaux, on a l’impression globale d’entendre un peu toujours la même chose. Pas que ça me gêne, en fait…

    Sinon j’ai moi aussi regretté un peu l’absence de morceaux de Morningrise, et la chanson Deliverance me lourde toujours autant, par contre j’ai beaucoup apprécié l’interprétation des deux extraits de Watershed, et j’étais vraiment en transe quand ils ont joué Godhead’s Lament, probablement ma chanson préférée de toute la musique que je possède (soyons fou).

    Après, pareil, les goûts et les couleurs, hein ;)

    (Au passage, c’est la première fois que je tombe sur ce blog, mais je pense que je repasserai souvent. Sujets qui me parlent, belle prose et joli design, un vrai plaisir, bravo !)

  7. Gëist dit :

    Bien, parfait, nous avons trois points de vue équidistants sur le sujet =D

    Homogénéité de son style ? Je crois que je vois ce que tu veux dire… mais ça a une connotation trop négative pour moi ^^ je préfère parler de « couleur homogène ». Le propos musical reste le même, la forme change sans cesse.
    Je ne m’attendais à entendre ni Godhead’s Lament, ni Hope Leaves, ni The Drapery Falls, à vrai dire. Maintenant, il semblerait que la setlist ne diffère pas tant par rapport au reste de la tournée.
    Soit, tant pis, on y va une fois, on en revient des images plein la tête, mais un concert par album, ça me paraît bien pour varier un peu les genres !

    (Au passage : merci beaucoup, au plaisir de te relire ici !)

  8. Nimwendil dit :

    Va pour « couleur homogène », je sais que mes mots véhiculaient une nuance un peu trop péjorative ^^
    Mais bon, faut avouer tout de même qu’ils ont leur style bien à eux, ultra-maîtrisé, certes suffisamment complexe et pointu pour être un univers à lui tout seul avec plein de choses à y faire et réinventer constamment, mais le groupe n’a pas eu d’évolution drastique dans son propos depuis ses débuts.
    Tout au plus Orchid et Morningrise sonnent maintenant un peu « bruts de décoffrage », mais tu peux déjà y deviner la plupart des idées utilisées jusqu’à Watershed. Nettement mieux employées maitenant, c’est vrai.
    Enfin, je le répète, ça ne me gêne absolument pas. Ils sont les seuls à faire *cette* musique, et elle me parle tellement que s’ils continuent à sortir des albums pendant 50 ans je serai toujours client ^^

    Pour revenir une fois de plus sur la setlist et les goûts personnels, je savais qu’ils termineraient par une de Blackwater, que j’adore, et The Drapery Falls c’était vraiment une super idée !
    Pour Hope Leaves, moins fan… Plus original que Windowpane, mais je trouve que c’est une des plus faibles de Damnation. J’aurais préféré To Rid the Disease par exemple.

  9. Gëist dit :

    To Rid The Disease est pour moi la plus belle de l’album. Accordé ! =D

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