L’Open Space m’a tuer – Alexandre des Isnards & Thomas Zuber

L'Open Space m'a tuer - Alexandre Des Isnards & Thomas ZuberMorceau de choix et à quatre mains s’il vous plait pour « L’Open Space m’a tuer » – Quatre mains dans le titre pour une douzaine d’anecdotes pas piquées des vers sur un monde de l’entreprise cruel, déshumanisé et mensonger. Alexandre des Isnards et Thomas Zuber, diplômés de Sciences Po et bien au chaud dans leur bulle que tout le monde leur envie ont une ambition : Peindre au vitriol le vrai décor en 3D d’un micro-monde en carton-pâte qui n’a rien d’un paradis et vire même souvent à l’enfer.

Ce monde c’est celui de la publicité, du Web, des SSII, entreprises informatiques, du conseil, du marketing – Un monde peuplés de cadres dynamiques, de commerciaux ayant la tchatche, le Blackberry et le costume-cravate dans la peau, de petits jeunes entre 20 et 30 ans en jean, t-shirt et iPhone au creux de la main. Un monde merveilleux qui suite l’argent, la créativité et les perspectives d’avenir.

Recto – Le verso de la médaille est lui rouillé, cuivré, bourré de plomb et de toxiques. Hiérarchie inexistante, cadres abandonnés, conditions de travail démentielles, déshumanisation, gestion des ressources humaines mécanique, productivité obligatoire et pressions quotidiennes…

Primitive © Lucie Piriou

Primitive © Lucie Piriou

Alexandre des Isnards & Thomas Zuber dépeignent avec intelligence ce petit enfer des agences, petites ou grandes, sans leçons de morale et surtout sans prendre parti. Ils se contentent de préfacer un bouquin perturbant et soigné où ils ont accumulé leurs anecdotes, celles de leurs proches, collègues et mêmes inconnus au bout du rouleau, fatigués, démotivés, qui ne rêvent plus que d’un boulot tranquille, de transmission de savoir et d’élever des chèvres dans le Larzac. Les masses silencieuses de Puke, Ogylvyte, CapC’estfini – Pour ne citer que quelques unes des structures « masquées » par le livre…Triste gâchis d’une génération qui fait les frais d’une période agitée et d’entreprises qui n’ont pas trouvé leur modèle, de compétences jetées aux orties et d’une mécanisation de l’être.

Tous ne se reconnaîtront pas, et l’anecdote de ce cadre condamné à faire du copier-coller dans une zone industrielle et dont les parents ne comprennent absolument pas qu’il puisse se plaindre puisqu’il a un travail et un statut colle parfaitement aux multiples remarques qu’on pourra entendre à propos de « L’Open Space m’a tuer » : Irréel, impossible, geignard, « Si vous croyez que le travail c’est une partie de plaisir », « Allez voir à l’usine », non vraiment, extravagant.

Pourtant. Ceux qui se posent des questions sur leur travail, n’en peuvent plus d’entendre leurs collègues passer leurs coups de fils à 50 cm de leurs oreilles, dont la solitude humaine, sociale et professionnelle se ressent chaque jour, et qui chaque matin se demandent pourquoi ils se lèvent trouveront dans ce livre un réconfort – Temporaire mais nécessaire : Celui de ne pas être seul.

Alexandre des Isnards & Thomas Zuber

Alexandre des Isnards & Thomas Zuber

Dans une boîte où a bossé Alex, un salarié a démissionné du jour au lendemain en envoyant un quizz avec des questions provoc. Avec ce mail collectif, il osait briser l’enthousiasme de façade et la dictature du cool. On s’est téléphoné avec Alex et on s’est dit mais les questions qu’il pose, on se les pose tous.
Alors on a commencé par s’échanger des anecdotes par mail.
[...] On est partis de notre propre vécu en entreprise puis on a parlé autour de nous. Et là surprise ! Après une petite inertie au démarrage, nos témoins de l’open space se sont lâchés. Nos messageries tel et mail ont débordé. « Et ça tu l’as mis ? », « J’ai un truc pour toi ! » « Tiens ! Je te raconte, mais tu changes mon prénom et le nom de ma boîte sinon je vais me griller. »

« L’Open Space m’a tuer » est une thérapie de groupe pour cadres stressés, ulcères qui se créent et dépressifs solitaire, quelque chose qui ouvrira peut-être les yeux de certains, qui en décidera d’autres à changer de voie, qui soulage de cette culpabilité du « T’as tout pour être heureux », aussi – Personnellement, c’est une claque, une gifle salutaire que ces deux auteurs et tous ceux qui peuplent ce livre m’ont administré et qui m’a permis de voir plus clair.

Ou peut-être tout simplement de réaliser dans quel torrent de boue nous étions sommes enfoncés, emportés, noyés.

» L’Open Space m’a tuer, d’Alexandre des Isnards & Thomas Zuber, sorti en Septembre 2008 : 16,50€ chez Hachette Littératures.
» Le site du livre et de ces auteurs : lopenspacematuer.com.

Lousia

Pas de reponse a “L’Open Space m’a tuer – Alexandre des Isnards & Thomas Zuber”

  1. pinkbOnO dit :

    J’ai craqué et je me suis exilé pour recommencer une autre vie, un autre métier, une seconde chance de ne pas devenir fou.
    Et je vais lire ce bouquin.
    (d’ailleurs si tu ne le conserves pas je veux bien te le racheter. ^^

  2. Lou dit :

    @PinkbOnO : Tu parles que je vais le garder.
    Bien en vue dans la bibliothèque (Oui les rayonnages qui s’écroulent là).
    Histoire ne pas oublier. Surtout pas.

  3. mhd dit :

    Pourquoi on dit « livre à 4 mains » ? Je connais peu d’écrivains qui écrivent avec leurs deux mains…

  4. Lou dit :

    @Mhd : Tu es un vieux de la vieille toi, non ?
    Parce que taper sur clavier à une main c’est quand même super long. :D

    @Rod : Saine lecture en perspective… !

  5. mhd dit :

    @ Lou : ah ouais c’est pas con ça ! Ok pour le livre à 4 mains alors…

  6. etienne dit :

    Je réserve encore mon jugement, je n’ai pas encore fini le bouquin ;-)
    Mais je me demande pourquoi on fait autant de cas d’anecdotes de mon quotidien… euh…

  7. Moom dit :

    Ca me rappelle un dossier excellent écrit par les journalistes de Marianne. Et quand je dis excellent, je pèse mes mots.

    Je vais voir si je peux te le scanner, si ça t’intéresse.

  8. Lou dit :

    @Mhd : C’était capillo-tracté mais j’assume.

    @Etienne : Pareil… Triste hein.

    @Moom : Je suis preneuse !
    J’ai vu chez Mry [ http://mry.blogs.com/les_instants_emery/2008/10/dla-brve-dans-l.html ] que le Nouvel Obs consacrait quelques lignes à « l’envers des boites cool », aussi…
    Signe des temps ? [Chic.]

  9. Thomas dit :

    Bonjour Lou,
    Je suis Thomas un des deux coauteurs de l’open space m’a tuer. Je voulais vous remercier pour votre chronique très sympa et très fine sur notre bouquin
    Hasta pronto,

    Thomas

  10. Lou dit :

    @Thomas : Tout le plaisir est pour moi, ce livre a été une vraie bouffée d’oxygène, alors… Merci !

  11. toto dit :

    l’open space m’a tuer, un bouquin tranchant ! dans le même genre mais en musique, un artiste qui de moque de ce qu’est devenu notre « société du travailler plus pour gagner » plus http://maisquiestarbon.over-blog.com/article-22887319.html

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