Notes éparses et musique dispersée

Disenchanted by ~goodcharleneDe la partition des violons aux cordes arrachées s’évadent en grappes des notes, glissant le long de la clé de sol pour s’écraser lourdement plus bas dans un ensemble à la douleur assourdie. Les gammes s’étiolent jusqu’à l’infini et les lignes souples qui accompagnaient de leurs élans graphiques les piques et les peccadilles des rondes et des noires ont parsemé de croches leurs dehors affables – La partition est devenue un champ de barbelés retenant en otage le souffle musical d’une agonie mineure.

C’est un chant lancinant qui meurt et s’insinue dans sa faiblesse dans les culpabilités indignes et la peur de regarder en face ce que l’on devient, ce que l’on pourrait être, la fin qui nous a toujours terrifié parce qu’elle supposait d’avoir manqué le commencement, tous les actes et sans même avoir profité pleinement des entractes. La couardise des miroirs, la phobie du reflet, l’essence de soi qui parfume des corps qui ne nous appartiennent même plus – Abdiquer, s’étioler, disparaître dans un être qui prend le pas sur tout le reste, comme une peau de serpent à l’inverse, une mue qui rajoute des épaisseurs trop lourdes et disgracieuses.

Une voix s’élève et scande sans s’interrompre une litanie obsédante de projets abandonnés, de visions floues, de rêves indistincts, d’images tronquées, de toutes ces plaies à l’âme qui jonchent un grenier déserté où ne danse plus que la poussière un rayon ténu de lumière hivernale.

Apology © Lucie Piriou

Apology © Lou

Il est presque l’heure. L’heure de faire un choix, de lâcher prise, de fondre dans le vide, de se confondre avec soi-même, de se confronter avec l’autre, la peau, la mue, les bourrelets encombrants de ce que l’on a jamais voulu être.

La voix se confond avec le rythme entêtant des secondes qu’égrène une horloge monstrueusement indifférente à l’angoisse et aux doutes d’une créature stupide et trop fragile. Les notes coulent toujours en grappes flétries le long des barbelés qui accrochent les plus fripées d’entre elles. Le lent ballet sans orchestre prend toute la mesure dans une salle qui s’écroule, dont les poutres s’effilochent – Et la lumière festoie au milieu des vitres qui éclatent en fontaines.

smoke by ~DkleMAN

Smoke par DkleMAN

C’est un monde qui s’écroule et il reste au milieu des fantômes une forme indistincte et morte de peur à l’idée de ne pas être à la hauteur, de ne pas réussir le saut de l’ange, qui se débat et hurle – Mais rien ne recouvre les tranquilles battements de cœur de l’horloge et le cri sourd et terrifiant du chant des regrets.

Lousia

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