Lassitude et désespoir de l’être et du rien avoir

Black cat by $Moonbeam13Longtemps, comme beaucoup peut-être, j’ai cru qu’être allait avec paraître et j’ai détesté cet état de fait où l’on ne croisait, à l’apogée d’une époque et avant que celle-ci ne s’écroule définitivement, que des requins bombant le torse et souriant de toutes leurs canines jaunâtres. Ce n’est pas ainsi que je concevais le monde – Et ça ne l’est toujours pas.

Et puis, à peu près au moment où j’ai décidé qu’il n’y avait ni Bien, ni Mal, j’ai découvert le sens du mot « avoir » – Posséder, acquérir, grimper sur les autres pour avoir le plus beau paquet. Et j’ai trouvé que ce concept simple et facile à comprendre avait décidément de l’avenir : Voilà quelque chose de rapide à répandre qui prendrait vite chez tous ceux qui n’ont pas envie de se poser trop de questions.

Il n’y a pas de malheur dans le fait d’avoir, ou de ne pas avoir. Il y a de la frustration, de la colère, de l’abrutissement, de la satisfaction, mais ce ne sont que des états, et pas des sentiments. Être, par contre, est une souffrance perpétuelle autant qu’une profonde source de joie – être est une grande chasse à l’Homme où l’on joue à poursuivre son ombre.

C’est ainsi que l’on parle du Monde, et qu’on l’apprend aux générations futures : A conjuguer, avant toute autre chose, les deux verbes « être » et « avoir »… Tout le reste n’est qu’opposition entre deux visions du monde.

Ready to fight by ~bbarna

Ready to fight par Bbarna

Et pourtant.
La notion d’équilibre, là encore, est vécue comme un manque de caractère certain – La fameuse manie du « Choisis ton camp, camarade ! ».

Mettre les gens dans des cases pour les mettre en boite semble le passe-temps d’une large majorité de nos concitoyens – Tous âges confondus. Je me demande souvent à quel moment tout cela a pu basculer, quand a-t-on commencé à se battre entre nous pour un mauvais jeu de mot ou une remarque en l’air, pour quelles raisons, aussi.

Aussi loin que je me souvienne, le politiquement correct m’a toujours semblé être une cible à abattre et le simple fait de lire le mot « consensuel » me fait rugir. Question d’éducation, peut-être. Jusqu’à présent, pourtant, le nombre d’adeptes du débat musclé était sensiblement supérieur à celui des énervés de l’étymo-politico-socio-correct, ce qui permettait d’aérer le wagon à bestiaux et d’éviter l’étouffement. Depuis quelques temps, le courant s’est inversé, et l’air s’est chargé de particules nocives à notre santé. Physique, car le débat musclé s’est changé en charges violentes – Mentales, parce que l’inversion de la polarité a semé la pagaille dans des cerveaux déjà peu résistants.

Old by ~KateWalker

Old par KateWalker

Et l’on assiste aujourd’hui à des scènes de pillages dignes d’un mauvais films sur les barbares médiévaux, à la résurgence d’un gouffre social créée comme une réponse codée en binaire pour bicéphales en plein conflit d’intérêt entre leur duo de neurones, au repli communautaire dès qu’un mot dépasse le mur de barricade que chacun s’est construit pour ne surtout pas devoir supporter l’autre, et donc le comprendre.
Une époque d’une tristesse incomparable, un marasme de la culture et de l’humanité, un retour en arrière sur le plan social et diplomatique comme j’aurais aimé n’en voir que dans des livres d’histoire périmés.

Il faudrait se battre, lutter, mais je n’ai pas appris à jeter des pierres en guise de dialogue. Je ne sais pas parler à quelqu’un qui se bouche les oreilles en hurlant – Je déteste être enfermée dans des cases ou rattaché à un camp que je n’ai pas choisis et où certains trouvent amusant d’enfermer les gens qu’ils croisent pour mieux exercer avec un sadisme glauque leurs préjugés, se défoulant au passage de la souffrance d’un fort complexe de supériorité.

Signe d’une époque ? Elle est d’une tristesse infinie, cette douleur poignante à s’en arracher les tripes de se voir infliger les douteux arguments de l’avoir quand on parle de l’être, cette époque où l’on a pensé qu’en confondant ces deux verbes on pourrait créer un équilibre du paraître – Alors que le mélange des deux est peut-être d’une humanité plus palpable, quelque chose comme savoir – Le savoir qui nous rend plus sages et le savoir que l’on vend aux autres, l’inné et l’acquis concentré dans une ambition souveraine. La curiosité, vertu que je porte aux nues ; Quelque chose qui ferait que l’on cesserait d’essayer d’imposer aux autres ce que l’on est soi-même et que l’on veut qu’ils soient pour servir notre cause et nos intérêts.

A cat playin\' the bath by *ccouette

A cat playin’ the bath par Ccouette

Le refus d’apprendre et l’irrespect d’autrui est ce qui a causé le plus de guerres, de tragédies et la disparition des savoirs, des peuples et de leurs rêves. Mais on balaye ces arguments d’historiens et de vieux fossiles d’un revers de sa Rolex et l’on refuse d’admettre que l’on est qu’un maillon de la chaine, et qu’on le reproduira, sans se pencher sur ces racines et en levant les bras vers le soleil, une tour de Babel, plus haute et plus large à chaque fois, qui écrasera chaque fois plus de peuples, d’individus et de rêves.

Et que continue à monter un océan de larmes à l’assaut des terres qui s’effritent.

Lousia

Pas de reponse a “Lassitude et désespoir de l’être et du rien avoir”

  1. odenis dit :

    Dans la vie c’est un « donné pour un rendu ». le seul hic c’est qu’il faut bien qu’une des deux entités fasse le premier pas… Mais est-ce vraiment la plus « intelligente » ?

  2. Laët dit :

    On vit dans un monde stupide, manipulateur.
    Ce ne sont pas les plus riches qui feront le plus de sacrifices en tout cas, ils ne se sacrifieront ni pour la planète (écologie) ni pour les peuples en souffrance, à part quelques exceptions. Faire une bonne action pour paraître ou se rachter une conscience.
    La simplicité volontaire implique des gens qui chassent le superflu alors que pour d’autres elle n’est pas calculée.
    Bref ce commentaire est stupide, c’était juste pour te donner mon avis qui est un peu en vrac …
    à ne pas publier
    Bisous Lou
    Laët

  3. Eh bien dis-moi Lucie, quel beau billet !

    Jean-Marie

  4. Lou dit :

    @Odenis : C’est la plus intelligente si elle fait ce premier pas, oui.
    Un peu comme quand on s’excuse, pas parce que l’on a eu tort, mais parce qu’un petit « pardon » ne coûte pas grand chose quand il s’agit de restaurer le dialogue…
    Parfois, il faut savoir mettre sa fierté de côté.
    C’est quelque chose que l’on apprend avec l’âge, les désillusions, les petites blessures du coeur aussi.

    @Laët : Je n’aime pas stigmatiser, ou basculer dans la généralisation, mais il est vrai qu’à bien y regarder certains qui pourraient faire des efforts pour tous n’en feront jamais…
    C’est humain, de ne pas arriver à se sentir concerné.
    Cela dit, lorsqu’on en est conscient et qu’on l’assume, ce que je peux comprendre, on évite de porter quelque responsabilité que ce soit, autre que sa petite personne…

    @Jean-Marie : Merci beaucoup !

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