John Digweed – Transitions vol.4
#Selenite
Parfois, on aime. Et on ne sait absolument pas pourquoi. Alors évidemment, on n’est pas censés décortiquer nos goûts et nos couleurs pour en faire des pièces détachées vides de sens, une fois désunies (mais je le fais, tant pis pour moi – tant pis pour la musique, parfois). Parfois, on aime ce qu’on entend, et je suppose qu’il y a là un bout de madeleine caché, un écho lointain de quelque image, elle-même générée par un son entendu il y a des années de ça… et voilà, on se raccroche au souvenir, et on apprécie le son. Pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il est à nos yeux oreilles (ça me perdra). Dommage?
Transitions. Le nom est bien choisi – disons justifié. On transitionne (pardonnez le néologisme) d’une piste à l’autre, sans se rendre compte du changement. Il m’a semblé en premier lieu que le découpage était un peu aléatoire. Que nenni! Tout est calculé et maîtrisé.
En fait voilà : on découvre là plusieurs musiques par piste, mixées, superposées parfois. Et d’une piste à l’autre, on change de thème, d’atmosphère, de construction ou d’esprit. De la douce et triste introduction Henry Saiz – From Empty Lands à des sons plus discrets (autant que faire se peut – on n’est définitivement pas dans le démonstratif) enclenchés par Sian – Wear Your Scars Like Medals, on franchit le spectre des goûts musicaux de John Digweed à travers son travail de sélection et de sublimation. Parce qu’il est difficile de savoir quel instrument appartient à telle musique, tant elles sont emmêlées.
On ne ressort pas totalement indemne d’une expérience comme celle-ci. Je ne suis pas en train de vous sortir la phrase-choc-type des films d’horreur contemporains pour faire venir le chaland en quête de sensations fortes – non, je pense sincèrement que Transitions laisse des marques. Ou plutôt des traces, comme si les caresses de certaines mélodies restaient imprégnées dans l’esprit, comme si les grincements de certains rythmes laissaient de petites marques peu profondes – mais bien visibles – sur notre champ de vision.
Sombre et beau à la fois. Transitions vol.4 est réussi, très réussi. D’une cohérence exemplaire, plongeant profondément dans les abysses de l’esprit pour en retirer les images les plus enfouies. Une musique presque absente tant elle est discrète, et pourtant si présente qu’on ne peut ignorer le filtre qu’elle place devant nos yeux. C’est comme un accélérateur d’imagination, un catalyseur d’émotions – qu’elles soient négatives ou positives d’ailleurs, car l’atmosphère peut déranger.
Il en était de même pour les trois autres opus de la série… mais celui-ci me parle, là où les autres avaient échoué. Probablement cette madeleine, encore une fois, qui me joue des tour. A l’occasion, je vous demanderai ce qu’il vous inspire – si vous avez le temps et le courage de l’écouter en entier, de la première à la dernière, sans interruption.
S’il est des artistes qui créent pour inciter à la création, John Digweed en fait partie. Il ne s’agit même pas de création originale pourtant, mais plutôt de mise en forme, de construction. Une architecture bizarre qu’on peut prendre en photo dans sa tête. Et chaque musique est une brique. Si c’est ce qu’on reproche au genre électronique (ah, oui, il n’y a pas d’instruments, ni de partition, ni d’interprète, ni de nuances en termes de sensibilité dans le jeu – tout ce qui fait la musique en somme), on ne peut pas nier une chose : il s’agit bel et bien là de donner naissance à une créature. Bien plus que la somme de ses éléments réunis. Bien plus qu’un simple ordinateur qui compose à notre place.
Transitions vol.4 est l’illustration de cette approche unique de la musique. Et ça, on ne le trouve nulle part ailleurs.
Tags: Coup de Coeur








février 12th, 2009 à 15 h 14 min
[...] qui prend le dessus sur le rythme. Une couleur omniprésente, à l’instar d’un Transitions vol.4 par Digweed, le groove en moins. Dommage ? Pas vraiment. C’est un parti-pris. Poser le décor [...]