Trois pas dans le vide

Une main sur un mur by ~ElucubreSans peine et sans heurt, comme une langueur immobile et mouvante à la fois, un haut-le-cœur au creux de l’estomac, s’immisce et s’incruste la peur.

Elle passe. Béate de souffrance, écroulée contre le mur qu’elle longe et où s’imprime le sang qui coule de ses doigts, ses mains qu’elle égratigne contre le crépi sale… Les lignes, parsemées de petites éclaboussures rouges puis brunes, forment comme la ligne de flottaison d’un voilier qui sombre.

Elle chantonne, comme un fantôme d’enfant oublié au fin fond d’une fosse – Comme une folle dansant sur le chemin d’une liberté partielle et illusoire.

Quelque chose s’est brisé, rompant la digue de la bienséance et de la normalité, ravageant l’innocence, labourant les chairs de l’imaginaire, broyant dans les mâchoires de l’horreur les os trop tendres d’un esprit faible, doux comme un agneau – Bon à l’abattoir.

Les portées vagues dansent sur le fil invisible de l’air, notes hagardes et lancinantes virevoltant à la suite d’une clé qui n’ouvre ni le cœur, ni le coffre-fort, et qui ne fait rien entrevoir aux yeux grands ouverts de cette silhouette sur le bord de la route. Le vide s’impose, mélodieux, silencieux, un souffle sans bruit qui soulève les manches de l’apparition court vêtue.

Charmée par l’appel de la douloureuse partition et ses refrains de solitude épaisse, elle suit la lumière, réfrénant l’envie de se rouler en boule dans l’herbe rase et desséchée d’un sentier estival. Au-dessus de ces cheveux longs dans lesquels jouent le vent sablonneux, le ballet des moustiques lui fait une auréole de sainte aveugle tandis qu’elle marche sans se soucier des roches pointues et de l’asphalte encore brûlant. Les mains ouvertes et les lèvres gonflées de les avoir trop mordues, elle balbutie en silence des mots sans suite, le chapelet d’une prière sans nom et sans Dieu qui n’a d’écho que le vide de ses orbites creuses.

fAdes to blAck by ~blackGeist

Fades to Black by ~blackGeist

Pas de falaise pour accueillir cet être décharné, vidé de toute substance et de toute conscience. Pas d’océan furieux pour rythmer de son galop vengeur la fadeur silencieuse d’un corps à bout de souffle. Pas de main tendue, de dernier sanglot, de vie qui défile – Rien d’autre que la marche hasardeuse de ce futur cadavre qui longe les murs en laissant pour tout témoignage que quelques traces dans l’herbe foulée qui déjà se redresse.

Au-dessus d’elle la couronne de moustiques s’est évanouie pour errer près d’un réverbère, réduisant sa balade à la danse grotesque d’une poupée rouillée. L’ombre se glisse sans souplesse entre les sillons râpeux et disparaît, sans un bruit. Au loin, le grincement d’un portillon bas annonce l’orage.

Sa jambe fait un angle étrange avec sa hanche, et son cou porte un collier de tâches bleues qui rehausse la pâleur morbide de ses joues froides. Etendue sur la dune, ses yeux grands ouverts où viennent s’abreuver de grosses mouchées harassées par la touffeur de l’air contemplent la profondeur graphique d’une touffe d’herbe sèche.

Lousia

Pas de reponse a “Trois pas dans le vide”

  1. Moom dit :

    Dans le genre créateur d’angoisse, ton billet remporte la palme :/

  2. Marc dit :

    dans un style twitter, on dirait que c’est « Le dormeur du val, version blair witch »

  3. Lousia dit :

    Si j’ai fait mouche, c’est le principal. C’est tout ce que je voulais !

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