Décadence intellectuelle ou l'avènement de la Science
#Lousia
Ce monde est décadent et ignoble. Gangréné jusqu’à la moelle, il se vautre dans les illusions malsaines d’un passé glorieux et révolu. Il étouffe, et nous étouffons avec lui, par manque d’un souffle neuf, d’un regard étrange et perturbant. Nous nageons dans des eaux sans oxygène, et nous nous cognons les uns les autres plus que nous nous rencontrons.
La question est : Qu’est-ce qui a bien pu nous amener à cette déchéance ? Les coupables sont innombrables, car il est facile de rejeter la faute sur des facteurs multiples et complexes, l’expliquant traitreusement à la masse par un verbiage auquel elle ne comprend rien, mais acquiesce en bloc.
Ce qui nous a poussé jusqu’à l’extrême, c’est d’avoir remplacé la pensée par les sciences. Tenter d’expliquer tout, rationnellement, nous entraine à tout vouloir prouver, disséquer, répertorier. Or, on a oublié que la Vérité est différente, ou du moins, dissemblable, pour chacun. Les sciences exactes ont dépossédé les peuples de leur faculté de raisonnement. Ils se contentent d’écouter et de prendre pour vérité absolue ce qui sort de la bouche des élites probantes. La logique simple, simpliste parfois, et terre-à-terre, de nos anciens, a disparu. Leur monde révolu, naïf, a disparu au profit d’une matérialisation de la bêtise qui dépasse l’entendement de l’Homme qui essaye de réfléchir.
Car que pourrait-il y avoir de plus difficile dans ce monde que de réfléchir ? Le silence, propice au calme, à la réflexion, au déni de soi-même et à l’abstraction, se fait rare. On a voulu empêcher les romantiques de regarder les étoiles en les remplaçant par des écrans ou des réverbères. Des choses matérielles, dont le nombre dépasse les estimations les plus folles, mettent des barrières entre nous et notre envie de penser. Il est tellement plus facile de se réfugier dans l’immobilisme, l’attentisme, la parole pré-mâchée.
Ce monde veut savoir, veut comprendre, veut expliquer, pour mettre à la portée de tous. Ainsi, il nous dépossède et nous prive de notre personnalité, de notre individualisme. Nous avons oublié les débats au profit des microscopes, mais pour quelle raison ? La même qui nous fait lire encore, et critiquer toujours, les ouvrages écrits par des philosophes antiques misogynes ou des psychanalystes dont l’encre découlait de l’absynthe, et la pensée de l’opium. Ce monde pense que tout a été pensé, voilà sa tristesse, son ennui, sa lassitude. Il cherche des mondes à découvrir, des planètes à explorer, mais il n’ose plus penser.
Light from above par ThiefArt
Les pensées dérangeantes, dans cette époque si bien pensante, si ennuyeuse, si révoltée pour des broutilles mesquines, des luttes de clans, des bagarres de chapelles au nom d’une mondialisation antithétique, n’ont plus leur place. Elles sont étouffées, rabaissées, quand les littéraires se transforment en fonctionnaires pour survivre, et que les scientifiques les méprisent, alors qu’elles leur ont donné vie.
Ce monde, messieurs, est lassant de conventionnisme. Parce qu’il ne s’interroge plus, ne s’écoute plus, ne s’étonne plus de lui-même. C’est pourquoi il ne tardera plus à mourir.
Tags: Dégoût, Exercice de style, Société, Vague à l'âme








mai 29th, 2008 à 15 h 50 min
Sont sombres les billets ces derniers temps ^__^ Heureusement qu’il y aura toujours les fous pour que la science se penchent sur leur cas…
mai 29th, 2008 à 17 h 08 min
Qui donc disait « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Tu cherches des coupables ?
Regarde donc le stupide, l’odieux, l’infernal « siècle des lumières »; TOUT est dedans.
mai 29th, 2008 à 17 h 10 min
Je trouve que c’est ton plus beau billet. ^_^
mai 29th, 2008 à 17 h 13 min
Blh > Si les coupables sont les philosophes des lumière (et je voudrais bien savoir pourquoi), que penses-tu des philosophes de l’antiquité ?
Je ne vois pas en quoi Rousseau et Voltaire ont nui à l’histoire…
mai 29th, 2008 à 19 h 06 min
Même un Napoléon disait » Il eu mieux valu pour l’Histoire qu’un Rousseau et un Napoléon n’aient jamais existé… »
Un Socrate, un Platon, un saint Thomas d’Aquin valent un millions de Rousseau et Voltaire, Un Voltaire qui affirmait » mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose… ».
La seule chose qui réhausse un peu le monsieur est qu’il n’a jamais voulu renverser la Monarchie ni assassiner Louis XVI.
mai 30th, 2008 à 8 h 31 min
@Geoffrey : Celui-là, j’avoue que je l’ai écrit il y a un moment. Mais j’en suis toujours aussi convaincue…
La science des fous, c’est presque la philosophie, et c’est souvent de l’Art. Finalement… C’est mieux, bien mieux que la science.
@Blh : J’ai l’impression d’entendre quelqu’un dire, à peu de choses près, la même chose de Mai 68.
Dans toutes les grandes époques un tant soit peu « révolutionnaires », il y a du très bon et du particulièrement mauvais. Voltaire et ses acolytes ont écrit de très bonnes choses et ont réfléchi à de nouveaux concepts pointus et modernes ; On peut alors leur pardonner – Un peu ? – certaines idées qui étaient elles un peu moins valorisantes…
@Moom : Merci, mais tu le connais celui-là ^^
mai 30th, 2008 à 12 h 37 min
Ciel…
On retient des précédentes civilisations leurs aides aux avancées et non leurs erreurs. Les avancées, oui. Je ne parle pas de science, je parle de culture.
Autrement, tu peux fustiger autant que tu veux l’antiquité car elle le mérite.
Aristote était un escalavagiste oligarche et Platon, un pédophile frustré. J’évite de parler de Sénèque, je m’en voudrais d’être grossière.
Ils sortaient des conneries qui font que je suis tout à fait incapable d’imaginer qu’on puisse être intelligent, du 21e siècle et arsitotélicien ou platonicien.
Or, leur grand mérite était de penser, et de pousser autrui à faire pareil. Ce qui fait qu’ils étaient importants. Ils ont donné un réel coup de branle…
Mais attaquer le siècle des lumières…
Le siècle de la lumières ne se résumerait pas qu’au bourdes des plus célèbres figures : il a été le déclencheur de l’audace culturelle. « Ose penser » Sapere aude ! Que seraient la laïcité et la démocratie sans les lumières ? La démocratie sans Rousseau ? Elle serait un modèle platonicien réservé aux hommes libres et tout à fait pro-esclavage, puisque tu tires sur tout le siècles et tous les brillants cerveaux qu’il a révélés puis influencés.
Que serait la traite des noirs sans le siècle des lumières ? Que serait la laïcité ? >_<
Voltaire réduit à ça… lui, le maître de la ruse, lui qui faisait passer les plus virulentes critiques sous des airs de jolie niaiserie conformiste dans ses contes philosophiques…
Je ne parle même pas de l’incidence sur la philosophie : Kant par exemple.
mai 30th, 2008 à 12 h 38 min
Lou > Oui, je sais.
AH ce panier périmé… =(
mai 30th, 2008 à 15 h 38 min
« Ils se contentent d’écouter et de prendre pour vérité absolue ce qui sort de la bouche des élites probantes. »
et la faute est leur. les scientifiques, la science ne cherche pas à imposer ce qu’elle trouve. tu es libre de démontrer l’inexactitude d’un théorie. si tu y arrives, la théorie sera abandonnée (ou son application réservée à là où son inexactitude est moindre, faute d’avoir autre chose à appliquer).
trouve une meilleure explication du monde, si elle se tient, se démontre, elle sera adoptée.
le fait que les gens prenent pour argent comptant ce que les scientifiques leur disent est plus un manque de vivacité d’esprit, de remise en question. le scientifique n’a pas inventé ce qu’il a dit, il l’a montré/démontré. ok il faut retirer de celà les cas où les enjeux font « perdre la tête » aux scientifiques, qui ne sont que des hommes.
« la pensée ne doit pas se soumettre », c’est ce que ma fac m’a dit en premier le jour de la rentrée.
mai 30th, 2008 à 15 h 52 min
@Meushi : Bien sûr, nous sommes d’accord.
Certaines personnes ne se poseront jamais de questions, en littérature comme en science, et rien n’y fera.
Cela dit. Porter aux nues la science est à mon sens dangereuse pour une chose : Elle enterre une culture qui fait notre richesse. Celle de la philosophie honnie mais indispensable, celle de l’histoire et de la littérature.
Non pas par sa simple existence qui devrait d’ailleurs aller de paire avec la première ; Mais parce que, sans équilibre, lorsqu’on favorise l’un d’elle on décrédibilise l’autre.
Des classes de L où l’on ne retrouve que des gens démotivés placés là, souvent, faute de mieux, et des classes de scientifiques qui n’en sont pas et qui, de plus, n’en ont pas le goût, est-ce vraiment équilibré, judicieux, intéressant ?
Ce serait la même chose dans le cas contraire.
Favoriser ou la science ou la littérature, c’est être un parent indigne chouchoutant le petit-dernier et méprisant l’aîné… C’est non seulement triste, mais en plus, c’est irresponsable.
Et ça a généralement de graves conséquences.
mai 30th, 2008 à 16 h 20 min
la science telle qu »on m’a appris à l’appréhender rajoute à la culture, te méprise ce qui n’est que superstition et dogme: religion, atrologie et autres superstitions. le terme de « scientifique » désigne communément la personne qui s’applique à une science « dure » (physique/maths/etc à l’opposé de philo psycho ou lettres ou socio, ou encore musico et plastique), de là je te rejoins sur la séparation qu’il existe: S et L pour ce qui est du lycée francais.
trouver sa cause dans l’histoire: les grandes préoccupations de l’homme ne trouvent pas de réponse satisfaisantes par le dogme, or la science a avancé dans ces domaines. sciences de la guerre, sciences physique et biologique pour la culture, et d’autres encore, ont été autant de (débuts de) réponses concrètes, d’où un intérêt croissant.
Le favoritisme des sciences dures peut peut-être (sûrement
pour ce qui est de tes classes dy lycée là, écoute je vois pas en quoi la science est responsable d’une économie et d’une non-culture qui forment des jeunes mal élevés et sans passion (passion au sens large) à attendre qu’on les serve. on se rejoint sur l’existence d’un problème, pas sur sa cause.
Pour ce qui est de trouver des intérêts à une telle séparation, ben c’est simple et ca trouve son origine dans la diversité des matières enseignées, évident non ?
tu sais de nos jours, devenir scientifique ne se fait pas en 3 ans, donc bien entendu qu’un mec en terminale n’est pas un scientifique. il lui manque encore pas mal d’années d’étude pour mériter cette appellation.
favoriser la science ou la littérature, ca n’est que l’évolution d’une culture. les deux sont à mon avis trop différents pour pouvoir empiéter l’un sur l’autre. après, il apparait évident que les deux n’offrent pas les mêmes débouchés professionnels…
mai 30th, 2008 à 16 h 42 min
@Meushi : Je ferais quand même une différence entre le dogme et la réflexion. L’homme a besoin de se connaître et de connaître ses congénères sous une forme philosophique autant que scientifique – Choses qui d’ailleurs, se rejoignent.
Je n’ai pas dit que la science était une non-culture : Je reste simplement persuadée que l’une sans l’autre ne donne ni la maturité de réflexion ni le savoir suffisant pour permettre l’élaboration d’un esprit critique et curieux en tout.
Faire disparaitre la réflexion philosophique et la recherche littéraire, c’est aussi stupide à mon sens que de rayer l’apprentissage de la biologie à l’école.
Je suis d’accord avec le fait que le lycée ne permet pas d’être un vrai scientifique. Mais il donne une teinture qui est trop importante pour ne pas être généraliste. Comment peut-on raisonnablement imaginer qu’un môme de 17 ans puisse se passer d’un enseignement généraliste, d’une culture G finalement ?
J’ai suivi une filière ES, plutôt complète donc. Pourtant, il m’a manqué et la densité littéraire en terminale (Qu’on enseigne plus), et la curiosité de la chimie.
Or débouchés professionnels, ce qui m’importe, c’est apporter le goût et la curiosité dès la prime enfance. Comme on fait manger des légumes et des fruits étranges à ses mômes pour qu’ils découvrent des goûts et des sensations qui leur ouvriront le palais – Et l’esprit…