nov 29

Le bon, la brute et le publicitaire

#GdL

Ver dans la pommeSi Internet est considéré comme le dernier espace de liberté par certains, ceux-là ont du manquer quelques épisodes – ou a tout le moins, se sont fait cryogénisés malgré eux au temps du Web 1.0 (version bêta). Qu’est-ce qu’Internet aujourd’hui ? Un gros fruit bien appétissant, juteux et brillant, qui attire vers lui des milliers de petits vers rampants. Le plus gros de tous, étant la publicité.

Des marques à l’affût

En ces temps d’internationalisation des sociétés et des compétences, on pourrait penser qu’étant donné les immenses possibilités créées par l’ouverture de marchés nouveaux, les entreprises pourraient se consacrer à leurs activités extérieures. Peut-être le font-elles ; Mais ce qui intéresse les départements marketing aujourd’hui, c’est une seule chose : La pub.

La grande prostituée de la communication, celle qui vante du haut de ses talons haut perchés la beauté de son produit et de sa bouche trop fardée l’émoi sensuel qu’un yaourt peut – enfin – faire connaître à une ménagère de moins de 50 ans, se détourne progressivement du petit écran. Certes, on retrouve encore des publicités ingénieuses, drôles, inédites, aux concepts novateurs et pertinents. Pertinents en terme de créativité, seulement, car c’est là tout le drame de la publicité télévisée : Elle a perdu tout son sens commercial au profit d’une lutte de tous les instants pour des grands prix artistiques en pagaille. Qui, entre nous, profitent aux agences, mais assez peu à leurs clients.

Convenant qu’arpenter le trottoir le petit écran était finalement une perte de temps (et surtout d’argent), la publicité préfère désormais attaquer un nouveau marché, le fruit juteux en question, Internet.
Dites « Internet » dans une entreprise qui cherche sa voix parmi les campagnes de notoriété, de produit ou de quoi que ce soit, et le Grand Patron se pâme, son assistante pousse de petits cris orgasmiques et le directeur marketing se frotte les mains en bavant.

Page blancheOui, mais il y a un hic : La plupart des entreprises n’y connaissent rien – et beaucoup d’agences ne sont pas mieux loties.
_ « Bidule veut une campagne Internet aussi, n’oublie pas !
_ Une campagne Internet ? Il veut quoi, un site ?
_ Il sait pas, non, un truc créatif, qui fera du bruit, du « buzz », tu vois…
_ Du buzz. Du buzz. Ok, on va faire un clip vidéo et on va le mettre sur DailyMotion. »

La créativité des publicitaires, qui prend toute son ampleur dans les choses inutiles produites en piochant largement dans les poches du client, se heurte à l’incompréhension de ceux qui, sortant d’une école prestigieuse, se rendent compte qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’on leur demande de faire en entreprise. Autant dire qu’ils sont généralement vexés.

Incompétence et déni d’originalité

BuzzOr, qu’est-ce qu’une campagne de pub sur Internet aujourd’hui ? Du buzz. Du buzz. Et encore du buzz. Les publicitaires (et blogueurs) n’ont que ce mot à la bouche, et assourdissent à tout va leurs voisins les plus patients. Et qu’est-ce que le buzz ? Une célébrité, un clip surfant sur une tendance pré-établie (et souvent vieillissante, mais on ne change pas les quadras qui croient tenir là un concept de « djeuns »), balancé sur un maximum de pages : Sites de partage de vidéos, presse, communiqués, et blogs, surtout, les sacro-saints blogs si courtisés et si mal aimés connus.

Un site évènementiel, une vidéo, quelques contacts chez les blogueurs… Et puis s’en va. S’en va même généralement très vite. Il n’y a guère que la campagne « Emma Je t’aime Reviens » qui ait marqué les esprits récemment (et qui s’est d’ailleurs transformé en « Emma est revenue » aujourd’hui, on est heureux pour Paul), et ce pour une seule raison : L’énorme puissance média du groupe Lagardère. Une opération constituée uniquement pour rouler des mécaniques et gonfler ses pectoraux travaillée et aboutie à ce point, c’est tout de même une réussite – même si ça a agacé beaucoup de monde. Et pourquoi diable cette campagne a-t-elle marché, et pas une autre ? D’abord, parce que tous les supports de communication ont été utilisés : Sur Internet évidemment (le blog, les relais, etc.) mais aussi dans la presse, en affichage… D’accord, c’est facile quand on s’appelle Lagardère, mais tout de même.

Emma Je t’aime Reviens (Presse 20 minutes) Emma Je t’aime Reviens (affichage urbain)

Une autre raison du succès de la campagne Emma Je t’aime Reviens, c’est aussi les moyens mis en œuvre. Parce que s’offrir la couverture d’un journal, même gratuit, tenir une telle exposition en teasing pendant autant de temps, ça demande énormément de puissance financière derrière. Et c’est bien ce que les entreprises doivent comprendre aujourd’hui (Merci Lagardère !) : Internet n’est plus un monde gratuit. En conséquence, le département marketing qui lâche 5 000 € pour une campagne Internet en laissant tomber avec dédain « Ca suffira » ferait mieux d’aller vite faire une petite formation, sous peine d’être jeté aux ordures dans les prochains mois.

Une petite mise au point s’impose

Rappelons simplement qu’Internet est le lieu où le consommateur est le plus disponible et apte à recevoir un message publicitaire dans de bonnes conditions. Son seul concurrent dans ce domaine est le cinéma, où l’on est coupé du monde. Mais personne ne partage son impression sur une publicité au cinéma ; Sur Internet, le consommateur est avant tout un internaute, qui partage, échange, et se fait souvent le relai d’une marque. En positif, ou en négatif, d’ailleurs.Poubelle glamour
Accessoirement, sur Internet, lorsque l’on voit une publicité (buzz ou autre) qui nous interpelle, il est immédiatement possible de se renseigner sur le produit, le service ou la marque, et de demander son opinion à un autre internaute, connu ou non. Il est même possible, dans une certaine mesure, d’être convaincu de la valeur du produit et de l’acheter immédiatement en ligne. Quel autre média peut se vanter de capter aussi bien et aussi efficacement l’attention d’un consommateur afin de le guider jusqu’à l’acte d’achat ? Certainement pas la télévision, qui à force de propagande, nous fait oublier la publicité précédente ; Pas la presse non plus, puisqu’elle n’offre pas cette possibilité de renseignement ou d’achat immédiat.
Inutile de préciser non plus que les internautes ne sont pas les seuls ambassadeurs de marque : les blogueurs le sont aussi.

Il est donc inimaginable de penser qu’une marque, surtout les plus puissantes, n’aient même pas l’idée de se renseigner sur ce qui se fait sur Internet, n’aient pas l’intelligence de mobiliser une équipe marketing et créative pour trouver de nouvelles idées intéressantes, inédites et capables de capter encore mieux l’attention de l’internaute, et ne ressentent même pas le besoin de donner un budget décent pour une campagne Web.
Sans parler de ceux qui, voulant jouer sur le marché Internet, ne parviennent pas à s’entourer suffisamment et réalisent de jolies choses… Qui n’étant pas médiatisées, ne serviront quasiment à rien.

Picsou gagnantEn somme, le marché publicitaire sur Internet est encore totalement à construire du point de vue client, alors que paradoxalement, les offres de services permettant de diffuser largement leurs messages sont déjà développées. Les multiples campagnes de buzz actuelles ne servent qu’à une chose, à lasser l’internaute. Celui-ci pourtant est encore en demande, et c’est une réelle chance pour les entreprises qui souhaitent se rattraper. Et surtout se mettre à niveau…

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Parlez donc !

  1. Rod dit :

    si je prends mon cas de figure … Canon et Nikon preferent sponsoriser Tilllate que le HibOO, alors que je suis très axé Paris, mais Tilllate = international. Et pourtant, les photos sont vues à peine 50 à 100 fois par soirée … (mais avec la masse de galeries photos faites …) les grandes marques cherchent avant tout des sites à forte influence … qui sortent au dela du cadre francais. Enfin bien sur, ils sont prets à te refourguer des compacts … mais reflex and co … meme pas la peine de l’imaginer. D’autre part, meme si tout ce que tu ecris est juste, je crois qu’il faut realiser qu’aucun des plus gros blogs existants puisse rivaliser avec un support comme MySpace, qui en 1 an, rafle toutes les campagnes pubs possibles et imaginables, et avec le vieux systeme 1.0 (cad des pauvres bannieres animées). Par ailleurs, pourquoi faire des campagnes pubs sur des blogs alors que SkyRock = le site le + visité de France ? Non je crois que tu te meprends : les blogs ne REPRESENTENT RIEN en terme d’audimat …

    http://www.ojd.com/engine/adhchif/adhe_list.php?mode=chif&cat=1784

    Voila, ca te permettra de voir la vraie realité des chiffres … les campagnes pub, elles sont sur ces supports. Meme Morandini est tres tres tres tres trse loin derriere.

  2. Lousia dit :

    Rod, je ne parle pas uniquement des blogs.
    Evidemment, mon regard se porte sur la recherche qualitative. Si des entreprises veulent cibler MySpace et Skyblog, grand bien leur fasse…

  3. Pierre dit :

    Effectivement, les blogs ne sont pas vraiment représentatifs de la publicité en ligne. Skyrock étant a mes yeux le principal support actuel pour ce qui s’en rapproche (qui a vu un plan média sans skyblog ? ^^).
    Bel article Lousia, nous en avions parlé ensemble et c’est vrai que les agences pensent plus aux prix qu’elles peuvent gagner qu’au retour sur investissement de leurs créations… C’est dommage et moi ca m’énerve beaucoup (surtout que je bosse en agence…).
    Et ce qui est encore plus triste, c’est que les marques n’ai toujours pas compris que le web ce n’est pas gratuit et qu’il faut mettre les moyens pour avoir un retour correct de la part des consommateurs. Les personnes chargées des comptes internet chez les grands marques sont trop souvent encore des gens qui n’y connaissent rien, a ce poste parce que personne ne le voulait, ou en attente d’avoir un poste plus « prestigieux ». Ce qui donne souvent comme résultat un dialogue de sourd entre l’agence et l’annonceur.

  4. Rod dit :

    Je vais vous prendre un exemple simple, et qui reflete bien une certaine realite : quand tu veux etre accredite a un concert (= avoir l’autorisation de faire des photos / videos). Priorité :
    1. tv
    2. presse
    3. web

    le 3/4 du temps, le web n’est pas considéré comme un media, malgré le travail que l’on peut fournir, et surtout la réactivité qui caracterise le support délaissé. Je ne parle que du monde de la musique. Mais ne revons pas : le web n’aura d’yeux que quand tous ceux qui tiennent les verrous seront des « enfants du web ». Et va falloir attendre une paire d’années, pour ca …

  5. Lousia dit :

    Pierre, j’étais assez naïve sur le comportement des agences mais quelques récentes rencontres m’ont rapidement fait déchanter. Leur seul plan média, c’est l’argent. On ne peut pas leur en vouloir, c’est aussi leur métier, mais vendre leur âme au diable en fourguant, en guise de reco Web, des bannières sur les Skyblogs, c’est avoir une conception du travail bien fait que je n’ai pas – et que du reste, je ne souhaite pas avoir.

    J’espère que ça changera rapidement, avant quelques années, parce que sinon ça pourrait laisser présager, dans le contexte actuel, un grand coup de frais sur le marché Web un peu gonflé…

    Rod, c’est assez révélateur en effet… Et frustrant aussi, de voir que tout le travail effectué n’est même pas reconnu – et encore moins valorisé.

  6. Mister Air dit :

    On ressent dans tes propos Lousia un certain vécu lorsque tu parles des étudiants sortant des « grandes écoles » ( enfin qu’est-ce qu’elles ont de « grand » ces écoles ??), non ? Enfin pour moi parler de la propagande, enfin de la pub revient à parler toujours et encore d’argent, pouâh!! Toujours la même rengaine, le même refrain, juste une histoire sans fin. Pourquoi élever la voix si on nous l’étouffe aussitôt… Le jour où l’on entendra parler d’autrechose que Myspace un progrès sera accompli, mais quand on parle de « communauté » à propos des blogs, j’en cherche toujours la signification! Où est le soi-disant solidarité qu’un tel système à besoin? Pour que des gens est envis de communiquer sur un blog, il faudrait déjà que les bloggers forment une masse cohérante où il y a une communication permanente. Au lieu de çà, la blogosphère n’est qu’un gros « n’importe quoi » où les internautes ne savent mettre les pieds tant des groupes se sont formés à droite et à gauche! L’utopique internet où les gens se forment une seconde identité pour former une communauté s’est métamorphosé en web2.0 où tout le monde crache sur son voisin, où un esprit de concurrence domine. Le blogger n’est plus motivé par la communication, il crée une sorte d’anti-communication par ses gérémiades. Comment les gens et comment des pseudo-créatif dejà bien abrutis par leur milieu, peuvent s’y retrouver?? Internet devient avec le temps rien de plus qu’une mégalopole avec ses quartiers chic et sa misère. Montrer sa meilleure face, créer un esprit d’équipe, faire confiance…des notions qui disparaissent. Les gens ne sont-ils plus capables de répondre à ces valeurs?

  7. Olivier dit :

    Un petit mot sur Emma je t’aime, que je trouve pourrie au possible. Avec les moyens mis en oeuvre par Lagardère et LaChose, c’est normal qu’il y ait un nombre impressionnant de cibles qui soient touchées. Innonder Paris d’affiches, c’est sur ça ne peut QUE marcher! J’ai maudit tous les gens qui ont dit que c’était « original ». C’est juste « envahissant ». (Quand Philippe Katerine posait des « abrutis » partout dans paris, ça, c’était rigolo… Emma je t’aime… bvoilà quoi…)

    L’art du développement efficace de la pub sur le Web, c’est bien la minimisation des moyens, pour laisser l’internaute maître, pour qu’il PRENNE L’INITIATIVE D’ALLER CHERCHER LA PUB.
    Parceque la pub, c’est pas nécessairement mauvais. C’est un énorme vecteur de créativité. Mais quand les daubes mettent les moyens, hors médias, elles deviennent plus visibles online que les vraies actions créatives… Just too bad.

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