La bulle Internet éclatera-t-elle sur un dollar ou sur une prise électrique ?
#GdL
Il est des périodes de grands questionnements dans la blogosphère, et en ces temps troublés, c’est la bulle et le futur de l’Internet qui semblent être au cœur des préoccupations de nos amis bloggeurs.
Après les déclarations plutôt pessimistes de Monsieur Lévy, grand Manitou de Publicis, les plumes ont volé dans le poulailler ; Mais finalement, je n’ai rien pu lire de vraiment intéressant ou novateur sur le sujet. Des impressions personnelles, quelques inquiétudes, 3 petits tours et puis s’en vont. Quant aux suites des interrogations de TechCrunch sur le futur de l’Internet, je n’en ai pas plus vu les fruits sur les blogs que j’ai pu lire. Quelques commentaires intéressants, l’impression d’avoir fait sa B.A. et puis quoi ? Et puis rien.
Les réflexions que j’ai pu lire sur l’article de TechCrunh, « Le Web dans 5 ans: témoignages et perspectives« , dues aux pensées agiles de Julien Codorniou, Gilles Babinet, Eric Dupin, Pierre Chappaz, Mauro Mariani et Jean-Michel Billaut, seraient-elles un simple coup dans l’eau ?
Je ne prétend absolument pas tout connaître du Web et de tous les marchés qui gravitent autour. Mes notions d’économie suffisent à ma compréhension de l’environnement actuel, mais en aucun cas n’ont la prétention de m’adouber Madame Irma du futur de l’Internet. Mais il m’apparait important de débroussailler un peu, chacun à sa manière et selon ses propres idées.
La bulle contre le billet
Lorsque Microsoft, se payant une tranche de Facebook à 240 millions de dollars, n’obtient en fait que moins de 2% du gros biscuit évalué à 15 milliards de dollars, on est effectivement en droit de se rappeler les années 2000 et l’éclatement de la bulle financière qu’avait engendré le Web. Des start-ups évaluées à des millions dans le seul but de se faire manger par plus gros que soi, des tentatives de rachat menées tambour battant et sans repos par des monstres du secteur, tout cela à un goût de déjà-vu – une inquiétude partagée par beaucoup.
Mais, au-delà de cette euphorie très spéculatrice organisée en jeu de dame (mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi), la bulle est renforcée par – au moins – 2 facteurs : L’appétit des industriels et celui des annonceurs.
Je n’étais pas née en 2001, alors pardonnez ma courte vue. Néanmoins, je ne me rappelle pas avoir vu, à cette époque, un engouement aussi solide chez les entrepreneurs qu’aujourd’hui. Nous ne parlons pas ici d’un effet de mode quelconque, comme le Web 2.0 dont nous disons si grand mal, souvent.
Aujourd’hui, des entreprises qui n’ont pas de marché Internet à la base souhaitent majoritairement augmenter leur présence sur ce média – sans oublier le marché très ouvert qui est celui de toutes les entreprises qui n’ont même pas encore une quelconque présence sur la Toile. Pire ! Les entreprises s’intéressent même aux blogs comme phénomène de société mais aussi comme outils de professionnels, des sociétés créent le leur, et on en rachète même parfois. Tous les outils préférés des internautes sont scrutés, examinés, interprétés, et revus et corrigés dans une version adaptée – que ce soit pour des entreprises classiques ou de petits copieurs malins.
De plus, Internet tel qu’il est aujourd’hui permet à chacun, quand il a une certain expérience de l’utilisateur, une vue pas trop courte et des amis doués en développement, de réaliser les bonnes idées qui peuvent lui traverser la tête en naviguant de sites en sites. Il y a assez peu de secteurs qui permettent une telle créativité et une telle possibilité de création d’entreprise, ormis l’Internet, et qui ajoutent en plus une variabilité constante du travail (donc de l’intérêt supplémentaire, d’où une productivité de tous les instants) chez les téméraires entrepreneurs.
Mis à part la création de petites structures sur Internet et l’intérêt tout particulier que les patrons portent à ce merveilleux outil d’échange avec le consommateur, la deuxième armure de la bulle Internet aujourd’hui s’appelle la publicité. Quelle soit sur les blogs ou les sites de manière classique, que l’on améliore les partenariats de toute sorte, qu’on développe des outils d’affiliation ou des régies publicitaires, qu’on l’appelle « buzz » ou « site évènementiel« , la publicité est partout et fait partie du paysage. En somme, la publicité est devenue l’un des modèles économiques les plus utilisés et rentables sur le Net – si tant est qu’il ne soit pas déjà le tout premier d’entre eux.
Les manières d’augmenter leur visibilité sur Internet pour les entreprises, qu’on parle d’elles en terme de marques ou d’annonceurs, devraient permettre à cette bulle de ne pas éclater sur un coin de billet vert, mais d’atterrir, au fur et à mesure des évolutions qui se préparent, en douceur sur le papier. A part une crise imprévue, ce qui n’est pas un risque que l’on calcule facilement, ou des spéculations réellement abusives sur toutes les entreprises du secteur, que peut réellement craindre l’économie Internet ?
La bulle contre l’électricité
Il reste maintenant à prévoir, non pas l’évolution des marchés financiers tournés vers Internet, mais l’évolution des manières d’utiliser ce média si cher aux internautes. Cet espace libertaire où l’on trouve tant d’astuces, de site pratiques, tant d’accessibilité pour tous et d’information spécialisée, n’est pas encore au point pour bon nombre d’experts.
Julien Cordoniou (Microsoft) trouve qu’Internet est déconnecté de nos vies. Qu’il faudra l’intégrer dans une évolution personnelle et professionnelle, le trouver partout, tout le temps, l’utiliser au quotidien dans une personnalisation de tous les instants. Pas seulement grâce à son ordinateur ou à son téléphone portable, mais dans toute la maison, grâce aux multiples progrès de la domotique.
Gilles Babinet (Eyeka) lui, table davantage sur la multiplication des ressources média sur Internet, mais croit fortement aussi à l’intégration du Web dans nos foyers.
Eric Dupin (Presse-Citron) nous livre lui une vision un peu moins confuse et un peu plus large du Web dans 5 ans. Lui croit en l’Internet mobile, sans aller jusqu’aux utopies domotiques de Julien Cordoniou (qui me paraissent trop nombreuses pour être réalisables et intégrées dans l’utilisation Internet dans seulement 5 ans). Il pense surtout à une amélioration des applications actuelles que n’utilise pas ou peu la plupart des internautes, et imagine deux formes de navigateurs (au sens marin du terme) : les passifs, et les participatifs.
Pierre Chappaz (Wikio) voit l’avènement du réseau social pour échanger avec son patron, son voisin, sa future ex (et son chien, pourquoi pas) et pense aussi, comme Eric Dupin, à l’amélioration nécessaire des outils actuels qui nous semblent si naturels (et qui pour la plupart des autres internautes, majoritaires, semblent complètement obscurs et inutiles) pour évangéliser le reste du monde (virtuel).
Mauro Mariani (Mangrove Capital) regarde le futur d’une manière plus raisonnée et actuelle. Il pense changements d’applications, mais aussi et surtout économie, en imaginant le sacre de la publicité et les abus de monopole sur le marché. Pour lui également, le Web sera mobile.
Jean-Michel Billaut (au blog du même nom), en bon renard-technicien du Web, sort ses chiffres et sa calculette pour penser au futur et ne l’imagine pas sans fibre optique, accélération de la connectivité et du potentiel des applications. Il voit la vie « à distance », c’est-à-dire un quotidien possible directement grâce à Internet, dans toutes les activités humaines (de la santé, financières, professionnelles, des loisirs…). Sans oublier la mobilité, évidemment.
Il ressort de ces diverses visions d’acteurs du Web dont les connaissances ne sont absolument pas à remettre en question que, mis à part la vision fantasmée de Julien Cordoniou, le Web évoluera doucement vers des terminaux mobiles divers et variés, et s’intègrera de plus en plus dans des objets familiers. Plus rapide, plus accessible, Internet sera bientôt le meilleur ami de l’homme, supplantant tout l’agrément des diverses compagnies qu’il a pu avoir, au cours des siècles, dans ce domaine.
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A ces visions très raisonnables, à mon sens, de l’Internet des 5 prochaines années, il manque pourtant un élément-clé, celui qui fait toujours trembler les amateurs de high-tech : le problème de l’énergie, de la consommation et plus généralement, de l’écologie. Grands gaspilleurs devant l’éternel, nous et nos sociétés occidentales accoutumées au confort et qui rêvent déjà à la domotique, préféront généralement oublier le spectre terrifiant des catastrophes naturelles qui pourraient rompre l’équilibre énergétique actuel.
Comprenons-nous, il ne s’agit pas ici du pétrole – du moins pas seulement -, mais de tout ce qui pourrait découler des problèmes écologiques que nous rencontrons aujourd’hui. Dans cette chaine où le geek est le bon dernier des utilisateurs, il reste à savoir à quelle sauce nos produits high-tech seront mangés.
Il est étonnant de voir tant de reportages et d’initiatives touchant à l’écologie et à la protection de l’environnement à l’heure actuelle dans tous les secteurs. Tous, sauf un. Apple et son iPhone toxique, et de manière générale tous les constructeurs de technologies, tous ses ordinateurs qui restent allumés 24h sur 24 à la maison ou au bureau, ne semblent pas avoir été pris en compte dans ces visions futuristes.
Pourtant, le marché de l’écologie est un secteur en pleine évolution qui fournit non seulement du travail, mais regorge également de capitaux.
La problématique de la vision à 5 ans du Web n’est pas seulement une affaire de gadgets en tout genre, elle est aussi une bataille féroce que devront livrer les entreprises produisant des produits de haute-technologie contre eux-même et contre leur détracteurs. Une bataille qui devrait être passionnante et source de créativité illimitée pour les renards en culottes courtes qui furètent d’ores et déjà sur la Toile.
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novembre 16th, 2007 à 17 h 38 min
Internet partout chez soi. Où comment ne plus mettre un pied dehors… Enfin ces utopies ne sont pas récentes, le magasine Capital en parlait, si je me souvient bien, dans un numéro paru l’année passée.
novembre 17th, 2007 à 17 h 18 min
A propos d’énergie et d’écologie :
D’après Jonathan Schwartz : http://www.sun.com/smi/Press/sunflash/2006-11/sunflash.20061110.1.xml l’émission ce CO2 nécessaire au fonctionnement énergétique de l’ensemble des serveurs, équivaut à celle de l’ensemble du parc automobile chinois (6 millions de voitures vendues en 2005, au moins 30 millions en circulation).
Autres données
– « For the most aggressive scenario (50 percent annual growth rates), power costs by the end of the decade would dwarf server prices » affime Luiz André Barroso de Google : http://acmqueue.com/modules.php?name=Content&pa=showpage&pid=330
– Michelle Bailey d’IDC « says U.S. companies spent approximately $5.8 billion powering servers in 2005 and another $3.5 billion or more keeping them cool. That compares with approximately $20.5 billion spent purchasing the equipment » : http://akamai.infoworld.com/pdf/special_report/2006/41SRgreenit.pdf
novembre 19th, 2007 à 11 h 20 min
Mister Air, ce n’est pas nouveau, mais la vision partagée par tous les acteurs importants du Web suppose que c’est vraiment vers là que nous allons. Non qu’on puisse décrier Capital, qui est un magasine sérieux, mais c’est un magasine moins intégré dans le Web que des entrepreneurs du secteur.
René, ça fait assez peur, et comme on en parle tellement, je m’étonne que personne dans les interviewés n’y ait pensé.
On ne peut évidemment pas tout dire en quelques lignes, mais je trouve ça étonnant.
novembre 19th, 2007 à 11 h 45 min
Je ne vais pas m’insurger aujourd’hui sur les effets de masse; donc je dis simplement que justement le fait que Capital ne soit pas en immersion totale dans l’univers web crée un point de vue objectif et extérieur très interressant. Car tout le monde ne vit pas dans la « dimension web » !