sept 03

Google, menace pour la culture

#GdL

Google : la pieuvreUne fois n’est pas coutume, c’est de Google dont on va (encore) parler aujourd’hui. Vous souvenez-vous de l’affaire des livres numérisés ? Le géant américain avait avec beaucoup d’indélicatesse et de culot, décidé de copier sans autorisations – et sans rétribution – certaines œuvres protégées par les droits d’auteurs. La sympathie pour Google avait, à l’époque, déjà été entamée, surtout pour les amateurs de littérature.

Google News et les commentaires

Aujourd’hui, c’est une autre littérature que Google menace : la Presse. Pourquoi ? Parce que la firme entend désormais autoriser les commentaires sur les articles directement via Google News. Google News : l’accueilMais attention : seulement les commentaires, au début en tout cas, des gens concernés par l’affaire dont il est question. Lien qu’il faudrait alors vérifier, ce qui représente un travail monstrueux pour d’éventuels modérateurs.

L’avantage ? Devenir une référence incontournable de la Presse. Non seulement Google News deviendrait Le journal gratuit du Web, englobant des centaines de références, mais de plus, son côté « interactif » et participatif lui donnerait un aspect goûtu et alléchant pour les millions d’internautes friands de réactions. Imaginez François Hollande s’énervant contre un journaliste ayant écrit, photo à l’appui, un article sur sa relation avec Valérie Trierweiler : voilà la ménagère de moins de 50 ans, ou davantage, toute frétillante d’aise. Ceci est un exemple volontairement people.

La pieuvre enlace la Presse

Mais Google est ambitieux, ne doute de rien, et se fiche des réactions houleuses qu’ont suscité l’annonce de son projet de commentaires sur Google News. Google est téméraire : c’est maintenant aux agences de presse qu’il souhaite s’en prendre. Comment ? AFP : le siteEn ayant le toupet de publier le flux RSS complet de diverses agences de presse, au nombre desquelles on trouve l’Associated Press (AP), la British Press association, la Canadian Press et l’Agence France Presse (AFP). Rien que ça. Rien que le meilleur.

Ces flux RSS tant convoités sont en réalité la base de toute la presse internationale, puisqu’ils représentent leurs sources principales. Or, donner l’information à la source, c’est pouvoir se passer des intermédiaires – en l’occurrence, le journal que vous lisez le matin dans les transports en commun, le soir dans votre fauteuil, ou le dimanche quand vous vous ennuyez chez belle-maman quand votre femme fait le ménage.

Evidemment, pas question de reléguer ses flux dans un coin : l’internaute ne devrait voir que ça. Le VIP de la page Google News, ce sera donc un énorme flux RSS en regroupant plusieurs, qui donnera à manger à tous les internautes, reléguant la presse traditionnelle à un rôle de micro-onde, en ne servant que du réchauffé. La seule possibilité qui s’offrira donc à la Presse est de réagir le plus rapidement possible et de compter sur les non-internautes – race en voie d’extinction.

Réactions houleuses et parfaite indifférence

Pour l’instant, mis à part les médias traditionnels, pas un internaute ou presque se semble s’inquiéter de l’appétit dévorant de Google.

Vous connaissez mon amour inconditionnel de la littérature, sous à peu près toutes ses formes. Dumb questions vs GooglePour moi, rien ne remplace le papier, la couverture, l’odeur d’un livre. Pas plus qu’un flux RSS ne pourra remplacer un journal dont l’encre déteint sur mes doigts. Quel est l’intérêt d’un journal, justement ? D’écrire. De relater. De divulguer l’information selon sa propre ligne éditoriale. Et non de le livrer sous sa forme la plus brute (deux phrases, un titre, pas de signature) comme le font les agences de presse, nécessaires comme base mais non comme média principal. La Plume des journalistes serait-elle en voie de disparition ? Deviendront-ils victimes du succès qu’ils ont engendré, en lançant les premiers blogs ?

D’autres tendances semblent se détacher d’une telle décision. Il est encore trop tôt, parait-il, pour en mesurer les conséquences ; mais je suis certaine d’une chose, ça ne sent pas bon. Google comme met principal, donnant la pâté à des millions et des millions d’internautes, de la presse au mail en passant par la géolocalisation, me fait l’effet d’un monde parallèle dangereux duquel on ne sort pas. Mais je suis peut-être particulièrement paranoïaque.

A lire aussi : le billet de TechCrunch sur le même sujet.

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Parlez donc !

  1. TheCrazyCamel dit :

    On peut aussi tout simplement continuer à lire la presse en ligne directement par les flux rss de leurs sites web, ainsi je suis par exemple Libération, le Nouvelobs, Le Monde et bien d’autres, tout en sachant que la publicité sur leur site contribue à générer des bénéfices à ces journaux qu’on veut faire vivre, tout en se passant de google news.

  2. Thibaut dit :

    D’aucuns diront qu’au moins, prendre l’information à sa source permettrait plus d’objectivité… mais je doute que beaucoup de lecteurs choisissent Google News dans ce but plutôt que par flemme (billets courts, et on ingère l’info sans l’analyser).
    Ca, ou lire au moins 4 ou 5 sources d’information différentes par jour, pour ceux qui n’ont pas le temps, le choix est vite fait.

  3. David Jourand dit :

    Quelques précisions :

    Google n’a pas pillé le contenu des agences comme ton billet peut le laisser croire. En ce qui concerne l’AFP, il y a un « accord ». Cela veut dire que Google est un client de l’AFP comme un autre (Yahoo!, France Info ou Le Parisien).
    Il semble que ce ne soit que le « Journal Internet » (un produit AFP) qui soit référencé sur Google News. L’info brûlante est contenu dans le flux « Wire » qui ne semble pas être présent sur Google.
    Le Journal Internet de l’AFP n’est pas accessible en intégralité via une page dédiée (afp.google.com) contrairement à ce que l’on trouve chez France Info par exemple.
    Il existe déjà des sites reprenant le contenu des agences et sure lesquels on peu commenter (et plus) : newsvine et bientôt newzwag.
    Ouriel Ohayon de TechCrunch écrit « les fils des agences seront placés en position dominante sur une actualité donnée ». Je ne crois pas que cela soit exact. J’ai compris, pour ma part, que Google placerai systématiquement comme article original la dépêche d’agence dans son algorithme de recherche de contenu dupliqué. Et ça, c’est une très bonne chose ! Parce que les journalistes vont devoir faire un vrai boulot de journaliste : analyse et investigation… L’info d’agence étant uniquement factuelle.

    Par contre je suis d’accord avec toi : Google est une menace.

  4. Ulhume dit :

    Google n’agrège que ce qui est publié et donc publique. C’est une première chose et rien n’empêche un autre moteur de faire la même chose.

    Concernant les journaux, peut-être est-ce en réalité une belle opportunité. Celle de faire renaître le vrai journalisme. Nos quotidiens meurent avant tout parce qu’ils sont devenus un simple relais d’information issues des agences de presse (mais aussi des services de communication des grandes entreprises). Ils ont pris un grand coup dans la tête avec les gratuits, et google ne fait que prolonger le mouvement. La presse de relais d’information est déjà morte, ce n’est qu’une question de temps. Mais la presse de contenu et d’idée en est bien loin.

    PS: Il faudrait que tu rajoutes la notification sur les nouveaux commentaires, ce serait un peu plus pratique :)

  5. Ulhume dit :

    Notes que tu t’énerves (gentiement ;-) sur Google, mais cela ne t’empêche pas sur ton site d’utiliser Google Analytics, une bien plus belle pieuvre encore.

  6. Lousia dit :

    > The CrazyCamel, certes, et on peut même faire de certains journaux comme le NY Times ou Les Echos sa page d’accueil à la Netvibes. Seulement, on ne peut pas oublier que les journaux sont pour la plupart en grande difficulté, et rien que penser qu’ils pourraient un jour disparaitre me fait froid dans le dos. Quant aux retombées de la pub, elles sont substancielles, mais je ne sais pas du tout si elles sont suffisantes pour combler les pertes.

    > Thibaut, je pense comme toi, évidemment. Lire Reuters va quand même deux fois plus vite que lire le Monde (voire 3 fois, en raison de la lisibilité déplorable de ce dernier).

    > David Jourand, c’est un parti pris. A force d’objectivité on tombe dans l’indifférence, souvent. D’autant plus que ce n’est qu’un projet, parmi d’autres d’ailleurs, mais quand on donne un doigt à Google il grignote jusqu’à l’épaule.
    Evidemment, le danger ne vient pas seulement de Google, mais aussi de l’utilisation que les internautes peuvent en faire – ce qui nous ramène à la remarque de Thibaut, que je trouve particulièrement pertinente.
    Quand à l’utilisation qui sera faite de ses accords, je n’en sais pas plus que les suppositions qui courent… Mais je me base sur ce que l’appétit Google a déjà engendré.

    > Ulhume, bien sûr, le débat ici ne porte pas sur la légalité du service, Google sachant très bien où sont les limites (où celles qu’il peut dépasser ou pas ^^), mais sur l’utilisation potentielle qui peut en être fait… Et là on revient aux remarques précédentes.
    Le retour de la presse engagée ? Je n’y crois guère… L’époque, semble-t-il, ne s’y prête pas. Chaque mot est repris, soumis à l’autocensure… Et finalement, entre un journal de gauche et de droite, religieux ou anti-clérical de tradition, il n’y a plus vraiment de différence. Merci, la sacro-sainte objectivité. On préfère la presse à sensation.
    Si cela pouvait ammener la presse à se poser des questoins, ce serait peut-être une bonne chose. Mais j’ai peur qu’il ne subsiste plus que le Canard Enchainé, et des magazines féminins ou people.

    A tous :
    > La notification des commentaires sera bientôt disponibles, avec d’autres petites mises à jour de GdL. Patience ^^
    > Je tape souvent sur Google, mais pour précision, j’admet la supériorité de certains de leurs services, et la qualité supérieure de leurs produits ; la seule chose qui me dérange, c’est son féroce appétit, qui pourrait menacer à terme la variété d’Internet.

  7. Dreamside dit :

    Il y a le pour et le contre dans tout ça. « Donner » la meilleure information pour tous est un bien fait, pouvoir réagir dessus aussi sauf qu’il y aura toujours des cons, le web ne change en rien les mentalités. Pour les droits d’auteurs, c’est certain que la rémunération s’impose. Ce qui est sûr, ce ne sont pas des PDF qui vont me donner envie de lire un livre, le papier est trop magique.

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